En 1996, Jean Hoyoux — « Rider », radio du réseau Zéro-France — écrit à Ghislaine Nocquet, fille de Marie et Octave Nocquet. Il y revient sur les semaines passées caché dans les fermes de Prailles, sur l’extraction de la balle reçue lors de la fusillade du 21 février 1944, et sur son arrestation à Bourgneuf le 18 avril.
Grièvement blessé à Niort, Jean Hoyoux fut soigné clandestinement et déplacé de ferme en ferme pendant deux mois, jusqu’à son arrestation chez les Nocquet. Il fut déporté et survécut. Le récit complet de cet épisode figure sur la page L’affaire Gibeault et la fin de Delbo-Phénix.
Jean Hoyoux
Ferrières, Belgique
Chère Amie,
J’ai bien reçu votre lettre du 29.01.96 et ne suis pas du tout étonné du contenu de celle-ci, et de plus ne pensez surtout pas que votre demande soit incongrue car je peux vous assurer que vous n’êtes pas la seule dans ce cas, c’est pour cette raison que je vais essayer de répondre à vos questions.
Revenir 50 ans en arrière, et puiser dans le plus profond de votre mémoire, n’est pas chose facile, de plus ici en Espagne je n’ai aucun document me permettant d’affirmer des dates, mais devant votre désir urgent de savoir je vais essayer de vous satisfaire.
La tragédie de la rue des Cordeliers à Niort s’est produit le MARDI 23 février 1944 ; transporté dans un état comateux, de gauche a droite, hospital, écuries, je dois etre arrivé chez vos parents je ne sai comment au environ du 1 au 5 Mars 1944, à ce moment toute une organisation s’est faite, ou, de nouveaux elements de service sont intervenu telle que le Docteur Allard Roland (?) de Niort puis le Docteur Suire pour l’extraction de la balle que j’avai dans la poitrine, a ce sujet je peut vous assurer que votre père et un autre homme m’ont tenu ferme dans le lit ou je me trouvais afin d’effectuer cette opération presque sans anesthesie, cet aprés au moment de cette extraction je me suis evanoui, mais ai constate que votre père avait encore la bouteille de gnole dans la main avec laquelle on m’avait désinfecté.
Ma convalescence, s’effectua normalement sous les visites répetees du Docteur Allard, et des soins attentifs de votre chère maman, pendant ce temps Londres avait suggeré mon évacuation, par avion Loyender (?), mais celle ci fut retardée pour deux raisons, c. a dire : 1) il fallait attendre que je sois transportable ce qui n’etait pas le cas, et 2) cette opération demandait un assez long parcours (?) et pour l’effectuer il fallait refaire des papiers d’identité, le tout etant arrivé trop tard.
Concernant l’arrestation celle ci fut assez mouvementée, et je vais vous la conter telle que je l’ai vécu., je ne peut preciser la date, mais ce matin, assez tôt par un réflexe coutumier, j’ai ouvert le vasistas du toit afin de regarder la campagne, c’est alors que j’ai aperçu des soldats allemands qui rampait vers la maison j’ai bien entendu vite compris la situation mais vu mon état de faiblesse j’ai quand même essayer de me défendre vu que j’etai fixé sur mon sort, hélas quand je suis arrivé en bas c.à dire au rez de chaussée il n’y avait déja plus personne.
Vos parents etaient déja arretés et se trouvait dans la cour en présence d’un officier SS et d’une troupe nombreuse, car apres notre arrestation j’ai pu compter 5 autobus BRIVIN, étant désorienté par cet etat de fait, je me trouvais desarmer, et les allemands sachant très bien que j’etais dans la maison, firent des appels pour que je me rende, abandonnant tout mais gardant uniquement mon stylo au gaz, j’ouvris la porte pour me rendre, mais comme il n’avait point confiance, ils placèrent 2 soldats derriere vos parents et firent avancer ceux ci afin d’arriver à ma hauteur, et se précipiter comme des bêtes sur ma personne afin de m’abattre par terre pour me passer les menottes, quand je fus amené devant l’officier, celui-ci m’enleva mon stylo à gaz et me donna la plus belle raclée de ma vie ;
Voila ma chere Ghislaine en quelques mots et peut etre avec quelques oublis, l’histoire réelle de l’arrestation de vos parents, soldats de l’ombre et Héros de la FRANCE, aux comportement héroïque, car ils ont fait abnégation de tout pour que la FRANCE reste libre, et croyez moi de ce temps la ils n’etait point nombreux.
Tres sincère amitié je vous embrasse
P.S : Excusez mon écriture, mais l’emotion et la fatigue de ce recit font que ma main n’est plus tres sure
