Au début de l’année 1944, la répression allemande s’abat sur les réseaux de renseignement franco-belges Delbo-Phénix et Zéro-France, très implantés dans les Deux-Sèvres. En quelques semaines, une infiltration, une fusillade rue des Cordeliers à Niort et une traque de deux mois aboutissent au démantèlement des deux réseaux. Prailles et La Couarde sont au cœur de cet épisode : c’est dans les fermes de la commune que les agents recherchés ont été cachés, et c’est là qu’ils ont été arrêtés.
Au petit matin, deux groupes de militaires investissent les fermes de La Gravette et de Bourgneuf. À La Gravette sont arrêtés Maxime, André, Louis et Léona Fouchier. À Bourgneuf, Octave et Marie Nocquet, ainsi que Jean Hoyoux, Georges et Jeanne Gibeault, cachés là depuis des semaines. Sur les douze personnes arrêtées ce jour-là, trois seulement reviendront de déportation.
L’affaire Gibeault
L’année 1944 commence sous le signe d’une répression impitoyable de la Résistance. L’appareil policier allemand, assisté et même devancé par les organismes français engagés dans la voie d’une collaboration active avec l’occupant, fait que la vie de la Résistance devient un parcours de plus en plus périlleux, jalonné de pièges ouverts sur la mort, la torture et la déportation. Pour les réseaux Delbo-Phénix et Zéro-France, les menaces pressenties vont devenir terriblement concrètes.
Jean Depraetere, alias Georges ou Taylor, a reçu l’ordre de confier pour un temps le courrier à un service français d’évacuation par air, aucune opération de pick up n’étant prévue en janvier 1944. Après le mail pick up de Périgné qui marque, en février, la reprise en charge du courrier, une opération de parachutage est annoncée. Faute de pouvoir encore utiliser la base en création à Tours, elle est réalisée à Chaban, près de Niort. Taylor, Keeper, Petit Louis, André Airault, André Bellot et son fils — chez qui loge le radio Keeper — participent à la réception des containers, dont une partie est destinée au PCC et transportée à Paris au fur et à mesure des possibilités.
À cette même époque se réalise le pressentiment qu’Émile Delannoy, dit Delbo, avait exprimé dans un rapport établi après la saisie des archives par les Allemands : il semblerait, écrivait-il, que l’occupant attende qu’une tête se reforme pour frapper à nouveau.
C’est dans le réseau Zéro-France que la tentative de noyautage se déroule, ce qui n’exclut pas Delbo-Phénix de la manœuvre : les deux réseaux sont en communication permanente, et à Niort de façon toute particulière.
Le drame du 21 février
Le 21 février 1944, vers 21 heures, une rencontre a lieu dans le bureau situé derrière le magasin de radio et de photographie tenu au 6 rue des Cordeliers à Niort par Georges et Jeanne Gibeault. Cette rencontre, qui n’avait pas été prévue, rassemble Georges Gibeault, Jean Hoyoux (Rider), radio de Zéro-France, Maurice Tournerit, agent technique du Service des Carburants aux Ponts et Chaussées de Niort, et un nommé Pierre Robert Lambert, alias Ledanseur, Français travaillant pour le compte de la Sipo, rue Lauriston à Paris — ce que personne, bien entendu, ne soupçonne.
C’est en revenant d’une émission depuis la ferme Barbotin, à la Grenouillère de Coulon, que Georges Gibeault rencontre à la porte de son magasin Maurice Tournerit, qui veut lui parler en compagnie de Lambert. Connaissant Tournerit et ses opinions, il les fait entrer sans méfiance. Pendant ce temps, Jean Hoyoux remonte son matériel radio au premier étage et dépose son arme sur une cheminée.
Maurice Tournerit a été mis en contact avec Lambert par l’intermédiaire d’un collègue de Poitiers. Dans cette ville, Lambert, prétendant avoir été parachuté sans avoir trouvé ses contacts, était censé chercher un moyen de regagner l’Angleterre. Arrivé à Niort, il est adressé à Tournerit. Ce dernier, accompagné de Lambert, va d’abord voir Louis Michaud au parc autos des Ponts et Chaussées : le bruit court qu’il organise le passage vers l’Espagne de prisonniers et de réfractaires. Louis Michaud répond qu’il n’a aucune activité de ce genre et ne connaît personne. Tournerit, toujours sans méfiance, décide alors de contacter Georges Gibeault.
Outre les protagonistes, sont présents dans la maison Jeanne Gibeault, Adèle Thebault, de Mougon, employée des Gibeault, et André Aimé. Aimé travaille au parc autos de la ville de Niort et a pour violon d’Ingres la radio ; le soir, il vient souvent bricoler sur des postes dans l’atelier du sous-sol. Ce soir-là, arrivé vers 18 heures, il s’y trouve. Les deux jeunes filles du laboratoire photo sont absentes, le magasin étant fermé le lundi.
Jean Hoyoux descend à l’appel de Georges Gibeault sans savoir que celui-ci n’est pas seul. Gibeault le présente aux visiteurs, lui donne sa chaise, puis se dirige vers la cave pour y prendre une bouteille de vin qu’il compte ouvrir à la fin de l’entrevue.
Restent dans le bureau Jean Hoyoux, Maurice Tournerit et Lambert. Tournerit expose le but de la visite : Lambert vient d’être parachuté et, n’ayant pas trouvé ses contacts, veut rencontrer Georges et Petit Louis pour qu’ils lui indiquent un terrain d’où repartir. Or ces derniers sont soi-disant absents, d’où la démarche auprès de Gibeault.
Dès l’exposé terminé, Jean Hoyoux comprend que quelque chose ne cadre pas. Lambert n’a prononcé aucune parole en dehors de quelques futilités et n’apporte aucune précision. Professionnel du renseignement, Hoyoux sait que Londres ne parachute pas un agent devant contacter un réseau sans que celui-ci en soit avisé. Il ne peut s’assurer de la crédibilité de Lambert qu’en lui posant quelques questions, sans en avoir l’air.
Il lui demande donc si son parachutage s’est bien passé et depuis quand il a eu lieu. La réponse, faite sans aucune hésitation, le conforte dans ses doutes : la date annoncée se situe dans une période de nuit sans lune, que la Royal Air Force évite pour ce genre d’opération. Au temps de réflexion de Rider ou à l’expression de son visage, Lambert comprend que son jeu est démasqué. À présent, tout va très vite.
Hoyoux sort de sa poche un stylographe dissimulant un gaz asphyxiant pour neutraliser l’agent. Mais l’effet attendu ne se produit pas, ce qui permet à Lambert de retourner la situation à son avantage. Vêtu d’une canadienne en grosse toile verdâtre à col de fourrure, gardant les mains dans ses poches, il tire sans hésiter avec un revolver à barillet à travers le tissu de son vêtement, en criant : « Tiens, sale Anglais. » Bien calé sur sa chaise, il touche Hoyoux superficiellement au bras gauche.
Maurice Tournerit, assis entre les deux hommes et n’ayant apparemment pas compris ce qui se passe, se lève en criant : « Arrêtez, vous êtes fous ! » Il reçoit à cet instant une balle dans le cou, touchant probablement la carotide et le blessant mortellement. Il a cependant la force de sortir de la pièce et de gravir l’escalier, où il s’effondre, mourant, sur le palier, aux pieds d’Adèle Thebault venue de la cuisine au bruit des coups de feu.
Georges Gibeault remonte de la cave et réapparaît dans l’ouverture de la porte. Hoyoux, tout en se précipitant sur Lambert, lui crie de monter chercher son pistolet. Coup sur coup, Lambert vide son barillet sur Rider, le touchant au cuir chevelu et au tibia ; une balle est arrêtée par son portefeuille, dans lequel elle sera retrouvée, une dernière pénètre à la base du poumon gauche.
Pendant la lutte, Gibeault redescend avec l’arme. Lambert, son barillet vide, se détache de Rider et se précipite vers la porte de la rue, qu’il a de la peine à ouvrir. Jean Hoyoux, déjà gravement blessé et se sentant défaillir, fait feu et le touche superficiellement avant de s’écrouler. Jeanne Gibeault est envoyée téléphoner depuis le bar du Temple, tenu par Madame Renaud, à une trentaine de mètres.
André Aimé arrive alors et, avec Georges Gibeault, entraîne Lambert vers l’escalier de la cave. S’ensuit une lutte confuse au cours de laquelle Lambert, assommé, bascule au bas des marches. Il est encore conscient. Georges Gibeault va chercher le chargeur de son pistolet, revient et tire — probablement deux fois — en direction de l’abdomen. Les deux hommes laissent Lambert à même le sol, pensant l’avoir achevé.
Aimé rentre chez lui, rue du Chaudronnier, d’où il ne sortira pas pendant plusieurs jours. Adèle Thebault quitte la maison et va se réfugier chez une tante, avenue de Limoges. Georges Gibeault se rend aussitôt chez Louis Michaud, rue Tartifume. Ce dernier le trouve couvert de taches de sang et quelque peu affolé. Gibeault lui raconte ce qui vient de se passer, puis part vers un lieu qui n’a pas été identifié. Petit Louis se rend rue des Cordeliers, une grenade en poche ; voyant que la police et la Sicherheitspolizei sont déjà sur place, il revient chez lui et fait partir sa famille à Exireuil.
Vers 21 h 30, le docteur Henri Laffitte reçoit un appel de la tenancière du bar du Temple : un blessé s’y trouve et nécessite des soins. Il s’agit de Jean Hoyoux, amené là par Jeanne Gibeault. Laffitte décèle une plaie à la poitrine nécessitant un transport couché, rentre chez lui et demande une ambulance pour conduire le blessé en salle d’opération, puis en un lieu sûr et clandestin, ce qui est fait vers 23 heures. Le bureau des entrées lui apprend qu’un précédent appel a déjà réclamé une ambulance rue Ricard, au siège de la Légion des Volontaires Français, pour un homme atteint de plusieurs balles. Il y a donc un second blessé.
La traque
Ce soir-là, entre 21 et 22 heures, Guy Longeau, agent de police, est de faction devant le siège de la LVF, rue Ricard. Il voit déboucher de la rue des Cordeliers un homme sans chaussures qui titube et avance difficilement, courbé en avant, avant de s’affaler sur le trottoir. C’est Lambert, qui a abandonné ses chaussures et sa canadienne ensanglantée pour sortir de l’immeuble par un soupirail. La police française est alertée, mais les Allemands arrivent presque en même temps.
Les policiers, guidés par les Allemands qui paraissent savoir d’où vient le blessé, se rendent directement au magasin Gibeault. Le rapport rédigé le lendemain matin par Guy Longeau est détruit à la demande expresse de l’occupant. Dès 4 heures du matin, la Sipo de Poitiers s’empare de l’affaire en dessaisissant la police française : à ses yeux, l’affaire est trop grave pour être laissée aux compatriotes des victimes, fussent-ils policiers de Vichy. Lambert lui-même a refusé de répondre aux questions des policiers français.
Lambert est opéré à l’hôpital par les docteurs Laffitte et Suire. Aucun organe essentiel n’est touché : l’épaisse canadienne a amorti les coups de feu. En sortant de la salle d’opération, les deux chirurgiens croisent un officier allemand qui leur demande s’il y a d’autres blessés. « Aucun », lui répond-on.
Jean Hoyoux a d’abord été placé, sans intervention, dans une chambre d’isolement du pavillon Ambroise-Paré. Pour le mettre davantage en sûreté, les docteurs Suire et Laffitte, en accord avec la supérieure de la communauté des Sœurs de la Sagesse, le font transporter au pavillon Charcot, destiné aux malades nerveux — ce qui doit permettre de mieux le dissimuler. Il y est confié à la sœur Constance. Il n’a toujours pas été opéré et garde une balle fichée dans la paroi postérieure de l’hémothorax gauche.
Le lendemain matin, Louis Michaud se rend à la gare : un courrier venant de Paris doit arriver par le train de 5 heures, une jeune fille d’environ dix-huit ans vêtue d’un manteau de fourrure. Il l’aborde sur le quai — « Il ne faut pas aller chez Gibeault » — mais elle nie connaître ce nom et poursuit son chemin. Il doit la suivre et lui montrer son revolver pour être enfin cru. Il l’emmène dans un bar de la rue Tartifume, d’où elle reprendra le train de Paris en fin de matinée.
Ce même matin, jour de Mardi gras, le docteur Laffitte téléphone à son associé la phrase convenue : « Venez chercher la presse médicale. » Il ne lui est pas possible de faire évacuer le blessé ; le docteur Suire s’en chargera. Ce dernier se rend chez Gustave Souchard, rue René-Caillié, et lui expose le problème : faire sortir un blessé de l’hôpital avant que les Allemands ne le trouvent, et le conduire en lieu sûr. Le mot de passe convenu avec la supérieure de l’hôpital est : « Ici Sipo, nous venons chercher le blessé. »
Gustave Souchard s’adjoint son voisin Pierre Ferrand, employé au garage Citroën de l’avenue Saint-Jean, chargé de l’entretien d’une partie du parc automobile allemand. Avec Edmond Bonneau, chef d’équipe des mécaniciens, et Émile Wiard, peintre en voiture, ils décident d’emprunter l’un de ces véhicules. La première tentative échoue devant le risque encouru ; à la deuxième, les quatre hommes emportent la décision.
Prétextant l’essai d’une camionnette bâchée, Wiard en prend le volant, Bonneau à ses côtés. Le véhicule entre dans l’enceinte hospitalière par la rue de Navailles, où les Allemands ont installé leur unité médicale : il n’est pas anormal d’y voir circuler une voiture allemande. Mais la police française arrive à l’hôpital pour y rechercher le blessé, et il faut improviser un départ précipité. Faute de brancardiers, les hommes installent Jean Hoyoux sur une large planche à repasser ; celle-ci se brise sous son poids, et c’est à bras qu’ils le descendent jusqu’à la camionnette.
Pendant ce temps, la Sicherheitspolizei interroge le docteur Laffitte en sa qualité de chef de service. Les recherches ayant échoué et les Allemands s’étant rendu compte que le second blessé est parti à leur insu, il est arrêté en début d’après-midi pour avoir soigné un résistant sans le déclarer, et conduit à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers.
À la sortie de l’hôpital, un militaire allemand tente de monter à l’arrière du véhicule. Pour l’en empêcher, Gustave Souchard lui martèle les mains avec ses talons. « Nous n’avions même pas une lime à ongles sur nous », dira-t-il plus tard.
Jean Hoyoux est d’abord conduit à Saint-Liguaire, puis à la ferme de Chey, où il passe la journée caché dans la paille. Le soir même, il est transféré chez Hilaire Chaignon à Vallans, puis, deux jours plus tard, au domicile de Marcel Papot, la maison précédente étant trop exposée au bord de la route. Quelques jours après, le docteur Suire le retrouve à la ferme d’Amédée Migault, à Frontenay-Rohan-Rohan, où se cachent aussi Georges et Jeanne Gibeault. L’état du blessé s’améliore ; une évacuation vers l’Angleterre peut être envisagée.
Une dernière fois, toujours de nuit, le docteur Suire se rend au chevet de Rider, installé cette fois à Douhault, en pleine forêt de l’Hermitain. C’est là que, sous anesthésie locale, il lui extrait enfin la balle conservée depuis l’altercation avec Lambert, constatant au passage que la plèvre n’a pas été atteinte.
Les derniers jours de Delbo-Phénix et de Zéro-France
Tout en continuant à diriger son réseau depuis Niort, Jean Depraetere s’efforce de faire partir vers l’Angleterre Rider, Georges Gibeault et De Kinder, alias Xavier. Dans la nuit du 3 au 4 mars 1944, un nouveau parachutage a lieu à Chaban, terrain jugé relativement sûr. Deux radios arrivent avec leur matériel : Joseph Romainville, dirigé rapidement vers Paris, et Joseph Guillaume, alias Tussore, installé à La Véquière de Surin chez Gaston et Jules Gaufreteau, d’où il effectue ses liaisons avec Londres.
Mais la pression allemande s’intensifie. Elle entraîne l’arrestation des premières personnes ayant abrité Rider et les Gibeault. Le 16 mars, Louis Chaignon et Marcel et Ulysse Papot sont pris à Vallans. Le 19 mars, Amédée et Norbert Migault, de Frontenay-Rohan-Rohan, et Marcel Albert, d’Épannes ; le 29 mars, Marcel Dubreuil, de Vallans. Aucun d’entre eux ne reviendra de déportation.
Le départ des trois agents est préparé depuis un terrain d’Ambérac, en Charente. Le 11 avril au soir, l’opération est annulée et les partants ramenés à leur cachette, vraisemblablement la ferme de Bois-Pinaud, sur la commune de Souvigné. Le lendemain, voulant savoir pourquoi, Jean Depraetere procède lui-même à une émission radio depuis la ferme Seigné de Sainte-Pezenne — chose exceptionnelle, ce travail revenant d’ordinaire à son radio Albert Luyckx.
L’émission vient de s’achever quand le cultivateur l’avertit que la maison est cernée. Il a le temps de dissimuler le poste avant d’être arrêté. Conduit rue Alsace-Lorraine, il est torturé par les agents de la Sipo, qui veulent savoir où il loge et quelles sont ses activités. Vers 17 heures, à la faveur d’un relâchement, il tente de s’enfuir, sort de l’immeuble en courant, mais est rejoint rue de la Boule-d’Or, où ses poursuivants s’acharnent sur lui.
Ce même 12 avril sont aussi arrêtés Georges Bernit, sa femme et leur fille. La famille était entrée tôt en résistance, « d’une manière extrêmement naturelle, presque comme une évidence », notamment parce que Georges travaillait aux Ponts et Chaussées, où il côtoyait son voisin Louis Michaud. Leurs jardins mitoyens permettaient de passer discrètement d’une rue à l’autre : leurs domiciles étaient des planques parfaites pour Depraetere, qui y codait souvent avec Hoyoux les messages échangés avec Londres. Les parents mourront en déportation.
Le 16 avril, Keeper est repéré à Miauray, hameau de la commune de Romans, chez la famille Ecalle. Il réussit à s’enfuir, mais Petit Louis, qui arrive à bicyclette peu après, tombe entre les mains des Allemands. Pour donner le change, il demande s’il n’y a pas de lapins à vendre ; on le fouille et l’on trouve une fiche de poste émetteur oubliée dans une poche. Conduit à son domicile de Niort, il tente de s’échapper et reçoit une balle dans la jambe. Il sera déporté à Buchenwald.
Le cycle est lancé. Le 18 avril, Huguette Moinard est arrêtée sur le palier de son appartement, rue Basse. La veille, Petit Louis l’avait fait avertir de la vague de répression : elle avait aussitôt mis à l’abri les papiers qu’elle détenait. Le même matin, André Bellot est arrêté à sa ferme de Chaban, pendu par les bras à une échelle et sauvagement battu. Transférée à la caserne Duguesclin, Huguette Moinard le voit gisant à terre, méconnaissable.
C’est aussi le 18 avril, au petit matin, que les fermes de La Gravette et de Bourgneuf, sur la commune de Prailles, sont investies. À La Gravette sont arrêtés Maxime, André, Louis et Léona Fouchier ; à Bourgneuf, Octave et Marie Nocquet, ainsi que Jean Hoyoux, Georges et Jeanne Gibeault, au terme d’une traque commencée le 21 février. Le même jour, à Magné, Maurice Marteau est intercepté dans le marais. Des douze personnes arrêtées ce 18 avril 1944, seuls Jean Hoyoux, Marie Nocquet et Maurice Marteau survivront à la déportation.
La vague se poursuit. André Tesson est arrêté le 2 mai ; le docteur Suire, Albert Souchard — à la place de son fils Gustave —, Pierre Chantelauze et René Gadreau le 5 mai ; Henri Lambert le 19 juin. Émile et Jeanne Leroux, parents de Jeanne Gibeault, qui avaient servi d’agents de liaison malgré leur âge, sont arrêtés à Paris et ne rentreront pas. Le 27 juillet, huit autres membres des deux réseaux sont pris, parmi lesquels Gaston et Jules Gaufreteau, qui avaient caché Tussore à La Véquière.
Ainsi disparaissent le quartier général et les cellules deux-sévriennes de Delbo-Phénix et de Zéro-France. « Il est visible que la Sipo était depuis longtemps sur la piste et connaissait une partie au moins de l’organisation », écrira Jean Depraetere. Ces réseaux étaient particulièrement visés ; l’action de l’occupant, relayée par des traîtres, ne pouvait qu’aboutir à leur destruction.
